Les barbouzes (1964) de Georges Lautner

Lino Ventura Bernard Blier Francis Blanche Charles Millot
Francis Lagneau Eusebio Cafarelli Boris Vassilieff Hans Muller
Voici donc Francis Lagneau, dit Petit Marquis, dit Chérubin, dit Talon Rouge, dit Falbala, dit belles manières. Il est également connu, dans certains milieux sous le sobriquet de Requiem, dit Bazooka, dit La Praline, dit Belle Chataigne.
Citoyen de Genève, représentant des banques et dépositaire de la pensée neutraliste, voici Eusebio Cafarelli, dit le Chanoine, entomologiste et esprit distingué; Son mystisme à la fois très hostile au rationalisme de Saint Thomas et à l'orthodoxie mécanique de la scolastique, le pousse parfois à des actions brutales que sa conscience réprouve. Mais, le meilleur des hommes ne saurait être parfait...
Apôtre de la coexistence, Boris Vassilief, sujet très doué, surnommé dès son plus jeune âge trinitrotoluène, pianiste virtuose, pyrotechnicien confirmé, Boris est classé par ses supérieurs dans la catégorie des "esthètes turbulents".
Compatriote de Goethe et de Wagner, voici Hans Muller, dit le bon docteur. Philologue, musicien et humaniste, chercheur assoiffé de vérité, auteur d'un ouvrage aujourd'hui introuvable "les points sensibles, ou la thérapeuthique contre le mensonge"

D'autres films dialogués par Michel Audiard...

Francis Lagneau
- Si la pluie continue, les fraisiers seront en retard.
Le portier de l'hôtel à Istanbul
- Mais les grenouilles seront en avance...

Eusebio Cafarelli
- Pourquoi ne pas tempérer provisoirement... certains réflexes... Pourquoi ne pas poursuivre cette idée de trève évoquée un peu sommairement hier soir... et qui rendrait se séjour harmonieux
Boris Vassilief
- et le jour venu, qui avertira Boris qu'elle est rompue la trève ?
Francis Lagneau
- Mais monsieur l'Abbé lui-même, en t'filant une grenade dans la tronche
Hans Muller
- Ou en glissant un scorpion dans mon lit.
Eusebio Cafarelli
- N'exagérons pas, on n'en réchappe...
Hans Muller
- Pas toujours

Eusebio Cafarelli
- M'accuserait-on ?
Francis Lagneau
- Mais non, qu'est-ce que vous allez chercher là... n'empêche que dans certaines de nos écoles, le coup du scorpion est désigné aux futurs agents sous le nom du coup du chanoine
Eusebio Cafarelli
- et le coup du dynamitage du Boeing avec 114 activistes Biloujistanais... est-ce qu'il porte un nom ?
Francis Lagneau
- jamais entendu parlé de ca
Eusebio Cafarelli
- et la liquidation du réseau Koenigsmark ? ... 40 personnes dans du mazout en flamme : c'est rien, mais enfin, faut l'faire... Vous m'répondrez que sur ces 40 personnes
Boris Vassilief
- Je ne vous répondrai rien du tout. Je ne vous parle plus.

Francis Lagneau
- ahh ahh ahh tu lui avais mis une bombe ahh ahh ahh
Boris Vassilief
- nonnnn il y a des imitateurs, des faussaires, des copieurs immondes....

Un employé de l'hôtel à Istanbul
- Un Chinois vient de tomber de la terrasse, il est mort!
Le portier
- Du calme mon enfant, un client part, un autre arrive...

Mme Pauline
- Ah, Monsieur Lagneau, vous n'avez pas connu les soirées du temps de son excellence !
Francis Lagneau
- Croyez bien que je le regrette !
Mme Pauline
- C'était pas du tout ce que vous pensez !
Francis Lagneau
- Enfin écoutez Mme Pauline, faut tout de même voir les choses en face ! La chambre des glaces, le boudoir chinois, les fillettes au salon...dans ma jeunesse ça s'appelait un bordel...
Mme Pauline
- Oh bien sûr, si vous jouez sur les mots ! On leur fait dire c'qu'on veut, aux mots ! Pour M. Benar Shah, ma maison c'était plutôt un décor, une façon de croire qu'on a pas vieilli, qu'on reste fixé dans une époque...Y pensait pas tellement galipettes, mais plutôt...tradition !

Dans ce monde violent, âpre et sanguinaire, un rayon de lumière troue parfois les ténèbres. Ainsi, tel celui de l'ange de Reims, le doux visage d'Amaranthe Benar Shah, veuve inconsolable de son Excellence.

- Dans deux ans... Au revoir M'sieurs-Dames... j'serai à l'échelon sept, les mômes sont élevés, j'ai ma cabane en Dordogne, la retraite faut la prendre jeune.
- Faut surtout la prendre vivant. C'est pas dans les moyens de tout le monde.

La serveuse du restaurant
- Monsieur déjeune ?
Francis Lagneau
- Ben il en est question, oui ! Qu'est-ce-que vous avez ?
La serveuse
- Aujourd'hui nous avons le plat de côtes, ou les paupiettes, ou le civet de lapin.
Francis Lagneau
- Ah, ben vous allez me mettre des paupiettes en ouverture, et pis un plat de côtes, hein...Non, non, attendez, mettez-moi d'abord un civet, au lieu des paupiettes, hein, et puis...mon plat de côtes après quoi...et puis, glissez-moi une p'tite paupiette avec, quoi, hein ?
Le colonel
- Vous prendrez bien un p'tit dessert ?
Francis Lagneau
- Ouais...vous avez des tartelettes ?
La serveuse
- Oui...
Francis Lagneau
- Et ben, tout de suite après le fromage, j'y goûterais bien volontiers...puis alors après, une p'tite bricole, c'que vous avez, quoi, une 'tite crème renversée ou une 'tite glace...
La serveuse
- Oui...
Francis Lagneau
- Hum...Allez mon petit allez...

Francis Lagneau
- Sinon... ?
Le colonel
- Sinon, vous sautez !
(Lagneau rit)
Le Colonel
- Pourquoi ce rire bête ?
Francis Lagneau
- Parce que si j'ai bien compris, c'coup-là, si j'saute, vous serez 600 millions à sauter avec moi !
Le Colonel
- Vous êtes vraiment la brute !
Francis Lagneau
- Excusez-moi, mon colonel, mais, vous savez, une brute, ça rit d'un rien hein, un missile qui passe, un champignon qui monte dans le ciel, le temple d'Angkor qui passe au-dessus de Billancourt... J'me marre de tout, j'ai des goûts simples !
Le Colonel
- C'est fini, oui !
Francis Lagneau
- Oui oui, oui oui, mon colonel, mais oui mais oui...

Boris Vassilieff
- Oooh, petite soeur, mon coeur saigne, Boris est complètement détruit, abimé de sanglots, aaahhh...
(musique de violons tziganes)
Francis Lagneau
- Ah, le con...
Boris Vassilieff
- Pitié, laisse-moi te regarder, tu es splendidement occidentale... Boris, lui, hurle de douleur, toi tu souffres en-dedans...Ah !
Rosalinde
- Je crois Monsieur que la douleur vous égare...C'est Madame qui souffre en-dedans...
Boris Vassilieff
- Ahhh...Le désespoir, la foliiiie...Anouchka petite soeur dans mes bras...J'ai couru, épouvanté, Transsibérien, Tupolev, je pousse dans l'avion des cris terribles...aooouuhh... !
Amaranthe
- Mais enfin Monsieur, qui êtes-vous ?
Boris Vassilieff
- Tu...Mais...Boris ! Voyons ! Le presque frère...Ce pauvre cher Constantin a têté le lait de ma mère à Odessa...Ah...Odessa...Je nous vois encore, nos jeux, nos chants...Laï-laï-laï ! Wouh ! Laï-laï-laï-laï-la-la-la-laï !Wouh ! Aaah...L'odeur du goudron sur les quais d'Odessa, le vent du large dans les cheveux de ce pauvre cher Constantin...
Amaranthe
- Mais je croyais qu'il était né à Téhéran ?
Boris Vassilieff
- Et alors, hum ? On chante aussi bien à Téhéran qu'à Odessa, non ?
Francis Lagneau
- Oui mais le vent du large souflle un peu moins fort, c'est à deux cents bornes de la mer.
Boris Vassilieff
- Hum ! Notion bourgeoise des distances !

Eusebio Cafarelli
- Les parents ont croqué les raisins verts et les dents des enfants ont été agacées...La violence engendre la violence...
Francis Lagneau
- C'est ça...et qui sème le vent récolte la tempête, etc...

Le Colonel
- Les ordres sont les suivants : on courtise, on séduit, on enlève et en cas d'urgence...on épouse !

Amaranthe
- Il ne fallait pas, docteur, ces roses sont une folie, le jardin en regorge...
Hans Muller
- Oh, pas les mêmes, petite fée, celles-ci sont en vénélite compressée, inaltérables à l'eau de mer, antimagnétiques, fluorescentes et ininflammables...

Amaranthe
- Vous savez, quand un monsieur inconnu ramène chez vous votre mari mort, dynamite la salle de bains et jette les visiteurs par la fenêtre, on prend l'habitude de ne plus s'étonner de grand'chose...

Amaranthe
- Vous avez l'air soucieux.
Francis Lagneau
- Y'a de quoi, oui...Y faut dire qu'ça fait jamais plaisir...
Amaranthe
- Qu'est ce que je vous ai fait?
Francis Lagneau
- Mais vous rien, mais c'est tous ces autres là...le ricain...les Chinois, toutes ces fatalités...vous allez finir par me prendre pour un brutal !
Amaranthe
- Oh !
Francis Lagneau
- Mais si, mais si !
Amaranthe
- Pourquoi dites-vous ça... ?
Francis Lagneau
- Mais parce que j'connais la vie, Amaranthe, on juge facilement les gens sur les apparences, voilà...Tenez, si je vous disais qu'à treize ans déjà, j'me suis fait virer du lycée Jeanson-de-Sailly pour un malheureux coup de poing dans la gueule. J'défendais un p'tit et quand y...
Amaranthe
- Teu-teu-teu...Francis...
Francis Lagneau
- Ah parce que j'ai p'tête jamais pris de coup de poing dans la gueule... ?
Amaranthe
- Si...Sûrement même...mais pas à Jeanson-de-Sailly. Francis, qui êtes-vous, au juste?
Eusebio Cafarelli
- Un fumier et une ordure...
Boris Vassilieff
- Un cafard abject, un sycophante glaireux ! Tsss...

Boris Vassilieff
- Cher Hans, pourquoi vous transpirez ainsi ?
Hans Muller
- Parce que je pense !Je m'interroge...Osera-t-il descendre ?
Eusebio Cafarelli
- Qui ? Sardanapale ? Moi j'l'vois plutôt hébété, vautré sur sa litière, ensuqué par le stupre...Oh il n'fera surface qu'avec le coucher du soleil, façon oiseau de nuit...
Boris Vassilieff
- Je ne comprends pas la petite colombe !...Pourtant j'étais là... !
Eusebio Cafarelli
- Dites-moi Rudolf, et les croissants ?
Rudolf
- Pour avoir des croissants, faut aller au village !...Mais j'ai plus personne !
Hans Muller
- Les domestiques... ? Couic ! ?...Tous ?
Eusebio Cafarelli
- Les pauvres gens...
Francis Lagneau
- Bonjour messieurs...
Hans Muller
- Tiens, notre vénérable confrère !
Boris Vassilieff
- C'est dans le simple appareil d'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil...
Eusebio Cafarelli
- Rassurez-nous vite, mon cher Francis...J'espère que notre charmante hôtesse n'a pas été trop perturbée par les évènements de cette nuit, je m'permets cette question parce que je pense que vous l'avez vue euh ...après nous ?
Hans Muller
- Que dit-elle de tout ça ?
Francis Lagneau.
- Elle dit : Caltez volailles ...Oui, figurez-vous que Mme Benar Shah en a assez de vos singeries...et puis elle vous trouve un peu trop bruyants pour les voisins et...très très mal élevés...Et à partir de maintenant, on veut du style et d'la tenue !
Hans Muller
- Traduction ?
Francis Lagneau
- Vous avez une demie-heure pour faire vos valises et pour prendre congé...Voilà !... Messieurs.
(il sort)
Boris Vassilieff
- Qu'est ce qu'on fait ? On le tue tout de suite ou on boit café d'abord ?
Eusebio Cafarelli
- On réfléchit.
Hans Muller
- J'ai la tête vide. Moi la trahison, ça me démolit !
Eusebio Cafarelli
- Une question de formation...Moi, ça m'inspire...!

Boris Vassilieff
- Et maintenant, le monstre, comment on le supprime ?
Eusebio Cafarelli
- Ben je suggère un truc de bonne femme, euh, genre, euh, tisane, vous savez, la mauvaise santé par les plantes...
Boris Vassilieff
- Oooh, c'est un peu triste, non j'aimerais mieux quelque chose de plus enlevé, de plus allègre, quelque chose de...dans le genre de ça !
Hans Muller
- Qu'est ce que c'est ?
Boris Vassilieff
- Ca ? Un dérivé lent de la nitroglycérine...Cinq-six gouttes dans le potage et le patient explose ! Poum ! De l'intérieur !
Eusebio Cafarelli
- Ecoutez Boris, mon vieux, cessez de jouer avec vos p'tits produits, sinon un jour vous nous ferez péter la gueule ! Hein... ?
Boris Vassilieff
- Oooh...si vous préférez le bricolage... !

Amaranthe
- Quarante !
Francis Lagneau
- Hein ?
Amaranthe
- Un autre barbu...C'est p't'être un congrès ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
(Francis Lagneau arme son pistolet)
Francis Lagneau
- Un barbu, c'est un barbu...Trois barbus, c'est des barbouzes !

Francis Lagneau
- Bon, vous vous restez là. Alors, si n'importe qui vous d'mande l'heure, du feu ou l'chemin d'la mer...
Les deux adjoints de Lagneau
- On flingue ! ! !
Francis Lagneau
- Vooooilà !
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Cette page a vu le jour grâce à la précieuse contribution de Philippe et Olivier